Voici une critique de film prise sur le site fluctua.net ( http://www.fluctuat.net/3168-La-Malediction-John-Moore ). Elle exprime assez clairement mon opinion sur le film la malédiction qui vient tout juste de sortir en salle. Triste cinéma américain qui n'a qu'à nous offrir des remakes fades et décolorés rehaussés d'effet spéciaux trop souvent discordant avec le reste. J'ai bien hâte de voir un vrai bon film enfin ! Je dois admettre que Slevin était très bon. Sinon, il y a le dernier film de Costa-Gavras à l'horizon.
Au commencement était un film de Richard Donner. Réalisée en 1979, la première version de La Malédiction nous faisait découvrir le jeune Damien, incarnation du diable sur Terre. Le succès aidant, deux suites virent le jour, l’enfant devenant adulte et gagnant en influence et en puissance (dans le dernier volet de 1981, il ambitionne d’atteindre la Maison blanche). Puis la série tomba dans l’oubli, seul le premier film restant dans les mémoires des amateurs. Vingt ans passèrent et... vint la mode des remakes, en particulier ceux des films d’horreur. Massacre à la tronçonneuse, Fog, Dawn of the dead, bientôt La Colline a des yeux... et aujourd’hui La Malédiction, ou le retour de Damien revu et corrigé à la sauce contemporaine, c’est-à-dire mystico-débilitante.
Avec Da Vinci Code, on pensait avoir touché le fond, dans le genre thriller religieux faisant in fine l’apologie de la croyance et de la foi. On avait tort. Cette relecture signée John Moore (à qui on a déjà permis de sévir avec En territoire ennemi, 2002, et Le Vol du Phoenix, 2004) va encore plus loin. Ce n’est qu’un salmigondis de bêtise, où la fiction ne sert qu’à tisser une suite de scènes chocs et édifiantes.
Sous prétexte de moderniser le récit, un exposé ambigu ouvre le film. Lors d’un concile au Vatican, un évêque affirme devant le Pape que l’Armageddon est proche et le retour du diable imminent. Les preuves ? L’addition de drames récents qui, bien interprétée, ne prête à aucune équivoque : les multiples guerres en cours (et en particulier, celles impliquant l’Oncle Sam), la chute des Tours jumelles (dont l’image, jusqu’alors sacrée et tabou dans le cinéma d’ « entertainment », nous est montrée sans détour) et un ouragan dont on ne sait s’il a à voir avec les événements de Floride ou le tsunami. La démonstration est illustrée par des extraits de films et de reportages montés à la va vite, qui plonge le spectateur dans un abîme de perplexité. Mais plus tard, alors qu’on nous explique que l’autre signe annonciateur de la venue du Diable, l’extension de l’Empire romain, est à rapprocher du Traité de Rome et de l’avènement de l’Union européenne, le doute n’est plus permis. On nage dans une gravité si ridicule qu’elle en devient involontairement inquiétante.
Il est significatif que pas un seul des personnages ne mette en doute l’existence, la véracité et le sens de ces signes. Que ce soient les religieux déjà évoqués, le père de Damien - ou du moins celui qui croit l’être - (Liev Schreiber) ou le photographe (David Thewlis) traquant l’enfant et son entourage après avoir découvert dans ses clichés des traces lumineuses inexplicables, aucun ne questionne le bien fondé de ces interprétations. Question de point de vue, et donc de mise en scène. Le regard ne se veut jamais distancié ou ironique. Il est au contraire pontifiant, se voulant effrayant quand il n’est que grotesque. Tout sonne faux, et le sérieux de l’ensemble, qui ne se remet jamais en question, empêche la peur d’être au rendez-vous.
Le plus étrange dans ce film qui ne l’est jamais, c’est qu’il contient en lui-même son propre antidote. Autrement dit, son scénario - rédigé par l’auteur de l’original - recèle en filigrane la peinture d’une folie collective où chacun s’enferme dans un délire interprétatif, voyant des signes mystiques là où il n’y a que coïncidences. La présence de Mia Farrow dans le rôle de la nurse diabolique pourrait nous inviter à regarder le film sous cet angle. Dans le Rosemary’s Baby de Roman Polanski, elle se trouvait en effet piégée à la frontière de la folie et du fantastique et pensait, à tort ou à raison, avoir enfanté le diable. On se prend donc à imaginer ce que cette Malédiction aurait pu être si elle avait suivi cette voie. Peut-être serait-elle devenue une amusante mascarade sur le fanatisme religieux. Mais en l’état, le film a préféré suivre le chemin contraire, où il se perd dans une imagerie sans surprise, vouée à faire perdurer les plus idiotes des croyances et superstitions. Le chemin du Malin, en quelque sorte. »

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire